Les crues du bassin versant

Episodes extrêmes locaux ou étendus

Le cumul pluviométrique moyen annuel à Perpignan est de l’ordre de 700 mm mais le bassin versant de la Têt présente la particularité de subir des épisodes pluvieux extrêmes. Caractéristiques en automne, ces épisodes sont accrus par l’orographie environnante : les maximas des pluies enregistrées atteignent alors des valeurs exceptionnelles ; 413 mm sur 2 jours en 1999 ou 750 mm en 24 heures pour 1940 !
L’hydraulicité moyenne de 11m3/s peut alors changer brusquement pour atteindre, comme pour la crue de 1940, un débit à Perpignan estimé à 3620 m3/s.
De courte durée, parfois 3 à 4 heures, ces abats d'eau entrainant ruissèlement intense et grossissement rapide des cours d'eau, potentiellement accrus par une extension géographique limitée, et génèrent des dégâts importants.
La planche suivante présentant des cumuls pluviométriques pour plusieurs événements est un bon repère pour visualiser les spécificités évoquées ci-dessus : en octobre 1986 par exemple, les quantités d'eau, recueillies en quelques heures (de 12 à 19 h) ont avoisiné 300 à 400 mm à Canet-en-Roussillon. En Aout 2002, ce sont 184 mm qui sont enregistrés à Torreilles en moins de 24 heures.

Les crues historiques

Les premières observations pluviométriques recensées dans les Pyrénées orientales ont été effectuées par le génie militaire de 1833 à 1845 mais on ne dispose d'une série d'observations à Perpignan et en continu que depuis 1850. Dans le cadre de l'étude de préfiguration du PAPI, les bases de données de RTM66 ont été exploitées, en parallèle de l'AZI(2008) qui reprend également un certain nombre d'événements. Parmi eux :

La crue du 20 mai 1868

313 mm d’eau en 95 minutes à Molitg les Bains.

La crue du 17 au 20 octobre 1876

A Vinça les dégâts aux propriétés riveraines sont estimés à 5000 F soit 1 millions de francs actuels. Un train déraille, 2 passerelles sont emportées. A Villefranche de Conflent des moulins sont renversés, à Prades l’usine métallurgique est endommagée, Les piliers du pont de Prades sont affouillés, les arches de celui d’Eus emportés. Cette crue conduisit le service des ponts et chaussées, sous l’impulsion d’Antoine TASTU, à mettre en place un certain nombre de stations d’annonce des crues qui furent opérationnelles dès 1879.

La crue du 31 octobre 1891

228 mm d’eau en 24h à Prades et 176 mm à Vinça.

La crue de la Basse et Ganganeil du 26 octobre 1915

Le débit de la Basse est estimé à 280 m3/s au pont de l’ancienne RN9 qui se trouve à l’aval de la confluence avec le Ganganeil qui lui atteint 70 m3/s. On note des refoulements du réseau pluvial pour les quartiers situés en contrebas de la Basse et les hauteurs maximales sont atteintes au niveau du quai Vauban avec 1.3 m et 2.5 m dans les rues Vauban et Grande Fabrique derrière le Castillet.

La crue du 14 au 21 décembre 1932

8 jours de pluies ininterrompues.

Les chroniques de crues, observées depuis 1951, ne rendent pas compte de tendances bien nettes, sinon d'une sensible diminution des événements au moins équivalents à un débit de 194 m3/s (à l'aval du barrage de Vinça). Cela n'empêche cependant pas la survenue d'événements plus importants tels que ceux enregistrés en 1992 (1110 m3/s à Perpignan) ou même 1999 (876 m3/s). Même remarque pour 1940 (3620 m3/s).

Les crues de référence : 1940, 1992 et 1999

L’Aiguat du 17 au 20 octobre 1940 : la référence

L’aïguat* de 1940 (*terme Catalan pour désigner une crue importante) est la référence actuelle en termes d’inondation exceptionnelle pour le bassin versant de la Têt. Les précipitations, moyenne de l’ordre de 750 mm sur la seule journée de 17 octobre, ont été localisées sur la partie Sud du bassin versant, en particulier sur les contreforts du Canigou, générant ainsi de forts débits des affluents rive droite : sur le Cady, à Vernet les bains, le débit de cette crue de référence est estimé à 300 m3/s (pour un débit centennal de 200 m3/s). (Cf. planche cumul pluviométriques ci-avant). Sur le Boulès, le débit retenu est de 635 m3/s (pour un débit centennal de 300 m3/s). A l’aval, la montée des eaux fût très rapide puisque dans la traversée de Perpignan (au niveau du pont Joffre) le niveau d’eau est passé de 1m à 5.60m en une dizaine d’heures seulement. Les débits de pointe de la Têt estimés pour cet événement sont de 2000 m3/s (+3.5m à l’échelle du pont de Millas) à Millas et 3620 m3/s à Perpignan.

L’Aiguât de 1940 a marqué les mémoires. Vernet-les-Bains est une des communes les plus marquées par l’événement avec 71 pavillons rasés et 5 hôtels en partie détruits. Le Vernet et le Cady ravagent 50 Ha de vergers et pâturages. Le village de Mantet n’est plus habitable, à Olette la voie ferrée est emportée sur plusieurs centaines de mètres, à Villefranche des fermes et des champs sont emportés.

Sur le reste du bassin versant de la Têt, les dégâts ont également été considérables. En aval de Vinça, toutes les prises d’eau des grands canaux ont été détruites, les ponts de Saint Michel sont détruits, ceux de Vinça, Ille et le Soler partiellement emportés. A Corbère, les débordements de la Coumelade ont provoqué des dégâts chiffrés à l’époque à 2 millions de francs. Notons à ce niveau que la DDTM est porteur d’une étude pour l’amélioration de la connaissance de cette crue.

La crue du 26 septembre 1992

La crue du 26 septembre 1992 (Cf. planche cumul pluviométriques ci-avant) est l’événement le plus fort survenu après la crue de 1940 et depuis la mise en service du barrage de Vinça (1976). 40% (1600 km²) de la superficie du département ont reçu au moins 150 mm d’eau en 4 heures, avec des abats d'eau se déplaçant d'amont en aval et générant d’énormes dégâts.
Les précipitations débutent en effet sur les reliefs vers 16 heures avec des intensités horaires très fortes (49mm en une demi-heure à Vernet les bains, 82 mm en 1h) puis, dans la soirée, elles cessent pour se déplacer vers la plaine du Roussillon où les pluies débutent vers 19h.

Dans le bassin supérieur de la Têt, ce sont les affluents rive droite (Mantet, Rotja) qui ont connu les plus fortes crues alors que la montée fût modérée rive gauche.
A l’aval, le débit à l’entrée de Perpignan (Pont Joffre) est passé de 40 m3/s à 1115 m3/s en moins de 4 heures. La retenue de Vinça lamine la crue de 1130 m3/s à 200 m3/s mais les affluents portent ce débit à 1115 m3/s à Perpignan (soit une différence > 800 m3/s). Comme le souligne l’AZI (2008), sans le barrage de Vinça les communes de la plaine littorale (Bompas, Villelongue, Sainte Marie et Canet) auraient été submergées. Sur la plaine les orages s'atténuent vers 23 heures mais à ce moment arrivent les vagues de crues des cours d'eau prenant naissance sur les contreforts du Canigou.

Un rapport de la DDAF de 1992 indique des dégâts estimés à hauteur de 400 millions de francs à l'échelle départementale, d'où la constatation de l'état de catastrophe naturelle de 27 cantons.

La crue du 12 novembre 1999

La crue de 1999 est la dernière crue importante en date.

La pluviométrie a principalement affecté la plaine du Roussillon et le piémont, avec un axes de maximum sensiblement Sud Nord (Cf. planche cumul pluviométriques ci-avant), les plus forts cumuls se localisant notamment à Thuir (413 mm). Avec un débit maximal d’environ 850 m3/s à Perpignan (période de retour 10 ans) cette crue est le fruit d’une contribution forte du bassin aval (avec néanmoins une contribution faible de la part du Boulès) en particulier au regard du fonctionnement en transparence du barrage de Vinça dont les lâchures sont restées comprises entre 90 et 126 m3/s.

Cet évènement a provoqué des débordements de tous les cours d’eau aval rive gauche de la zone d’étude. Ainsi, de nombreux villages du secteur aval rive gauche ont été inondés. Ce fût notamment le cas de Corneilla-la-Rivière par le ravin des Coumes, de Pézilla-la-Rivière par le Clot d’en Godail et le ravin de la Berne, Villeneuve-la-Rivière par le ravin de Padrère et le Manadeil et Baho par le Manadeil.

L’événement constitue donc une référence pour les affluents avals rive gauche alors que la période de retour estimée pour le débit de la Têt à Perpignan n’est que de 11 ans.
A noter également que cet événement climatique est survenu en présence de vents violents d’Est qui ont généré des surcotes en mer et donc gêné l’évacuation des eaux vers la mer, renforçant d'autant les conséquences sur les communes du littoral.

Globalement donc, depuis Arboussols et jusqu’à la mer, les communes ont pratiquement toutes été reconnues en état de catastrophe naturelle (100 communes du département) pour inondations "de plaine" (la Salanque), "par ruissèlement ou pluvial" (Perpignan), "crues torrentielles" (Thuir, Pézilla, ...), ou encore "coulées de boues" (Castelnou, Llupia). Néanmoins, il est difficile d’établir un bilan financier précis des conséquences de cette crue en raison de la diversité des préjudices mais l’on peut retenir les ordres de grandeurs suivants :

puce02.pngInterventions d’urgence et de secours ; 10 Millions (M) de Francs (F) TTC
puce02.pngDégâts aux infrastructures publiques ou parapubliques ; 146 M de F TTC
puce02.pngDégâts aux biens privés : 201 M de F TTC