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Reconquérir nos ripisylves et zones humides

La ripisylve : késako ?

La ripisylve (du latin "ripa" rive et "sylve" forêt), encore appelée végétation rivulaire, correspond à l'ensemble des végétaux qui se développent naturellement aux abords des cours d'eau. Ce sont des formations végétales adaptées à des sols régulièrement érodés, engorgés et submergés. Les différents processus (submersions, érosions et dépôts en matériaux), qui constituent le fonctionnement d’une rivière, créent les conditions propices à l’installation des ripisylves et à leur renouvellement sans qu'il soit nécessaire de les entretenir. L’intervention sur la ripisylve a lieu dès lors qu’il y a la présence d’un enjeu (protection des habitations contre le risque inondation, lutte contre les plantes invasives, etc.).

Ripisylve sur la Têt en aval de la confluence avec la Coumelade, vue sur la rive droite

Les services rendus par la ripisylve

Une ripisylve saine sans invasion est bien souvent associée à un cours d’eau en bon état de fonctionnement. Les bénéfices vont au-delà du milieu à proprement parlé. Ils se traduisent par des services à nos communautés qui vivent avec le fleuve.

Ainsi la ripisylve en bon état :

  • stabilise les berges par son chevelu racinaire et les protège donc de l’érosion ;
  • absorbe l'énergie de l'eau lors des crues ;
  • épure partiellement les eaux en retenant les nutriments issus du ruissellement puis en les métabolisant ;
  • crée des zones ombragées qui limitent le réchauffement de l’eau. et donc son évaporation. La berge est ainsi plus diversifiée et moins sujettes à la prolifération d’algues ;
  • véritable interface entre milieux terrestres et aquatiques, elle facilite la circulation des espèces comme la loutre (Lutra lutra) ; on dit que la ripisylve forme un corridor écologique pour la faune terrestre et aquatique à laquelle elle offre à la fois abri, nourriture et espaces de reproduction

Quelle ripisylve sur la Têt ?

La ripisylve que l’on trouve actuellement sur les bords des cours du bassin versant est l’héritage de cette histoire. Son état diffère selon les contextes. Trois grands types de situation sont rencontrés sur le bassin versant :

  • En amont du barrage de Vinça, sur la Têt et ses affluents: les ripisylves ont plusieurs décennies et sont d'une grande naturalité, mais elles sont malheureusement aussi très touchées par des invasions d’espèces végétales et un dépérissement très important des aulnaies. Il y a en effet une très forte suspicion de la présence du phytophthora avec un foyer, qui aurait démarré sur la Rotja et se serait propagé sur les plus proches affluents, transmis sans doute par des engins forestiers ou agricoles. Et d'autres foyers sont également peut-être en train de démarrer ailleurs.
  • Au niveau des affluents de la Têt en aval du barrage de Vinça : les cours d'eau sont fortement artificialisés et sont en assec permanent sur de grands linéaires. Cette situation ne permet pas à la ripisylve de se développer. Elle est donc rarement présente.
  • Sur la Têt, en aval du barrage de Vinça les ripisylves actuelles bordant la Têt se sont développées quelques années après la mise en service de la retenue de Vinça (1976) et après l'arrêt des extractions massives de sédiments réalisées dans le cours d'eau. Depuis, l’enfoncement du lit, les divers aménagements et les essartements ont fortement impacté ces ripisylves en limitant leur développement. Elles subissent également des phénomènes d'invasions végétales

L'aulne est la principale essence constituant les ripisylves du bassin versant. Sa régression peut avoir de nombreuses conséquences néfastes : érosion accrue des berges, disparition de certains milieux naturels, embâcles...

Le phytophthora de l'aulne est une maladie causée par un microorganisme. Identifiée en France en 1996, elle se répand depuis le long des cours d’eau décimant les peuplements d’aulnes, toutes espèces confondues. Elle constitue une réelle menace pour les boisements rivulaires. La mort de l'arbre survient par la diminution de sa capacité à s'hydrater.

Il n’y a pas de solution curative à ce jour. Seuls les gestionnaires sont en capacité aujourd’hui par leurs pratiques de contenir l’extension et de limiter la vulnérabilité des boisements.

Une gestion de la ripisylve à adapter au cas par cas

La végétation des bords de cours d’eau était autrefois très convoitée par l’homme (fourniture de matériau et d’énergie, ressource pour les troupeaux). La ripisylve était donc gérée dans l’objectif d’approvisionner durablement les activités humaines.

Avec le temps, les avancées techniques et l’évolution de notre société, la plupart des riverains se sont progressivement désintéressés des bénéfices de ce milieu, n’y trouvant plus une réponse à leurs besoins, et ont abandonné sa gestion. Parallèlement, les aménagements en rivière se sont multipliés avec l’essor économique, les besoins agricoles et les besoins de protection contre les inondations, réduisant de fait la place laissée à la ripisylve sur certaines portions des linéaires.

Aujourd’hui, il y a schématiquement :

  • Soit une absence de gestion avec une végétation qui se maintient seule. Selon l’état de cette végétation (niveau de développement et de diversité de la végétation autochtone, état de santé des plus gros arbres, niveau d’invasion par des espèces exotiques, etc.) et sa configuration (présence ou absence d’habitations et/ou d’activités dans le lit majeur de la rivière, à proximité directe de cette végétation), une intervention peut être ou non nécessaire.

Globalement, nous rencontrons cette première situation sur les affluents en amont du barrage de Vinça.

  • Soit une gestion qui correspond à de l’entretien drastique (coupe ou broyage de l’ensemble de la végétation) régulier (tous les 3 à 4 ans) dans l’objectif unique de gérer le risque inondation.

Cette seconde situation est observée sur la Têt en aval du barrage de Vinça.

Pour être optimale, la gestion de la végétation se doit de répondre au mieux aux différents enjeux observés à la fois à l’échelle locale, mais aussi à l’échelle globale en considérant le fonctionnement du cours d’eau et du bassin versant.

Les enjeux à intégrer dans la réflexion sur la gestion sont les suivants :

  • éviter la création d’embâcle à proximité directe des habitations présentes dans le lit majeur pour éviter leur inondation
  • minimiser les impacts sur la faune et la flore lors des interventions sur la végétation,
  • lutter contre les plantes invasives
  • permettre le développement d’une végétation autochtone diversifiée
  • assurer le renouvellement des différents niveaux de végétation : strates herbacée et arbustive
  • rétablir localement ou non la mobilité et le départ de matériaux vers l’aval

Pour déterminer la façon de gérer la végétation sur un tronçon homogène de rivière, il faut établir un diagnostic des besoins en fonction des enjeux en place. Selon le diagnostic la gestion consistera ou non en une intervention, et celle-ci sera plus ou moins importante selon l’historique et la logique des précédentes interventions.

Qui est chargé de la gestion de la végétation ?

Le lit d’un cours d’eau appartient aux propriétaires des terrains situés sur les deux rives. À ce titre, ils doivent en assurer l’entretien et le bon fonctionnement.

Un cours d’eau domanial appartient à l’État, alors qu’un cours d’eau non-domanial, est la propriété des riverains dont la parcelle est traversée.

Le bassin versant de la Têt comporte majoritairement des cours d’eau non domaniaux. Ce sont donc les propriétaires riverains qui sont chargés d’entretenir les berges et les bancs. Sur la Têt en aval du barrage de Vinça, les propriétaires sont organisés en Associations Syndicales Constituées d’Office qui en échange d’un rôle (forme de redevance perçue auprès des propriétaires) organisent et réalisent l’entretien de la végétation sur un tronçon délimité. Les missions et le périmètre d’intervention des ASCO sont définis dans des statuts validés par le Préfet

Les collectivités (communes, intercommunalités, syndicat de rivière) peuvent réaliser des projets de gestion sur les lit et les berges de la rivière dès lors qu’elles font reconnaitre que le projet revêt un caractère d’intérêt général ou d’urgence.

La limite de propriété sur un cours d'eau
Périmètre des ASCO sur la Têt aval

Les zones humides : de quoi parle-t-on ?

Marais, tourbières, prairies humides, lagunes, mangroves… entre terre et eau, les milieux humides présentent de multiples facettes et se caractérisent par une biodiversité exceptionnelle. Ils abritent en effet de nombreuses espèces végétales et animales.

Par leurs différentes fonctions, ils jouent un rôle primordial dans la régulation de la ressource en eau, l’épuration et la prévention des crues.

Menacé par les activités humaines et les changements globaux, ce patrimoine naturel fait l’objet d’une attention toute particulière. Sa préservation représente des enjeux environnementaux, économiques et sociaux importants.

D’après le site Eau France

Zone humide sur le site des Bouillouses - ©Mangeot

Quels services rendus par les zones humides ?

Les fonctions des zones humides sont à l’origine de services, dits écosystémiques, dont l’homme peut tirer des bénéfices directs ou indirects, des biens produits, utilisés et consommés par l’homme, et ayant une valeur économique et/ou sociale pour les sociétés humaines.

Trois fonctions majeures peuvent être identifiées :

  • Fonctions hydrologiques : les milieux humides sont des « éponges naturelles » qui reçoivent de l’eau, la stockent et la restituent.
  • Fonctions physiques et biogéochimiques : elles sont aussi des « filtres naturels », les "reins" des bassins versants qui reçoivent des matières minérales et organiques, les emmagasinent, les transforment et/ou les retournent à l'environnement.
  • Fonctions écologiques : Les conditions hydrologiques et chimiques permettent un développement extraordinaire de la vie dans les milieux humides.

D’après le site Eau France

Les zones humides du bassin versant

Le bassin versant de la Têt présente une densité exceptionnelle de zones humides. Celle-ci est particulièrement forte sur la tête du bassin (massifs du Carlit, massif du Madres, hautes vallées de la Carança, de la Rotja). L’aval du bassin versant compte également de nombreuses zones humides, mais celles-ci sont globalement moins connues, en dehors des plus emblématiques : la ZNIEFF du Bourdigou, la Prade de Canohès, les friches humides de Torremila. Les zones humides à l’aval de Vinça sont également davantage sujettes à la pression urbanistique, la population étant majoritairement concentrée dans la plaine.

Richesse du bassin versant en zones humides - carte réalisée à partir de l'atlas départemental

Protéger et valoriser les zones humides

Au cours du dernier siècle, plus de la moitié des milieux humides a été détruite. Ces milieux sont encore aujourd’hui menacés en raison de l'urbanisation, de l'intensification de l’agriculture ou encore des pollutions…

Les intérêts de préserver et de valoriser les zones humides sont évidents pour nos territoires dans le contexte du changement climatique et l'avènements de phénomènes climatiques (crues, sécheresses) d'intensité et de fréquence plus élevées.

Plusieurs plans de gestion de milieux naturels comprenant des zones humides existent sur le bassin versant. Ils sont généralement en place sur des espaces reconnus pour leur patrimoine naturel d’intérêt. Ils sont portés par différents maitres d’ouvrages et à des stades d’avancement différents.

Il s'agit maintenant d'aller plus loin en étayant, là de besoin, les connaissances sur les fonctions assurées par les zones humides, l’état de ces fonctions et leur niveau de vulnérabilité puis en intervenant sur celles qui sont prioritaires vis-à-vis des fonctions remplies recherchées et des services rendus associés.

La menace des invasives

De nombreuses espèces exotiques sont régulièrement introduites en France. Leur arrivée s’est vue facilitée par la circulation commerciale des biens à l’échelle mondiale. Certaines espèces végétales trouvent des conditions propices à leur développement sur les berges des cours du bassin versant de la Têt. En effet, les espèces invasives se caractérisent par un pouvoir de colonisation très rapide supplantant dans certains cas les espèces autochtones. Ce caractère invasif est lié àlʼabsence des facteurs limitants présents dans l'écosystème originel (prédateurs, autres espèces concurrentes, climats)

Bien souvent, ces conditions propices découlent de l’intervention de l’homme sur les cours d’eau (activités, usages, travaux sur les milieux aquatiques) qui déséquilibre le milieu initial et contribue à l'amplification de la colonisation.

La prolifération de plantes exotiques est source de divers problèmes : perte de biodiversité, altération du fonctionnement des écosystèmes aquatiques et des usages.

Au moins une dizaine de plantes aquatiques (jussie, myriophylle du Brésil, lentille d’eau, élodée du Canada, Azola fausse fougère, hydrocotyle fausse renoncule) et une trentaine de plantes terrestres (Cannes de Provence, Robinier faux acacia, Buddléia de David, Mimosa d’hiver, Ailante, Herbe de la Pampa, Raisin d’Amérique, Berce du Caucase etc.),  sont présentes sur les cours d'eau du bassin versant de la Têt.

Berge envahie par la canne de Provence, à droite

Jeune mimosa se développant sur les berges de la Têt